En littérature tout comme au cinéma, les vampires
sont devenus des structures mentales de référence et au travers de l'altérité
du monstre, une partie de nous-même nous est révélée, mise en scène. L'idée ici
est de rapprocher deux personnages de l'histoire qui nous effraie, nous
fascine, nous répugne : le vampire et l'homme, ne font-il qu'un
seul ? qui est le monstre assoiffé de sang ? on peut trouver une
étymologie du mot en espagnol, mostrar qui veut dire
montrer ; le monstre-vampire nous montre donc qui nous sommes et qui nous
devenons car le propre du mythe est d'évoluer, de s'accorder à la réalité
sociale de manière à la représenter toute crue à travers toute son horreur.
Sociologiquement il est fascinant de constater
combien de thèmes rejoint cette créature imaginaire dans l'inconscient
collectif ; le sang par exemple possède un rôle essentiel, c'est la seule
nourriture qui puisse étancher la soif, pour cela le vampire doit se
l'approprier coûte que coûte. Le sang possède plusieurs symboliques
fortes ; il peut prendre sens en tant que liquide nourricier et
bienfaisant, mais évoque néanmoins la violence, la souffrance et la mort. Chez
l'homme on peut parler de ‘soif de pouvoir' jusqu'où certaines personnes sont
capables d'aller pour obtenir ce qu'ils veulent quitte à éliminer physiquement dans
le pire des cas tout ceux qui se mettent au travers de leur chemin. Le sang
prend alors diverses connotations :
En politique nous savons grâce à l'histoire que le
sang a été le malheureux symbole de supériorité de race ; par ailleurs
dans les familles royales on parle de ‘sang bleu' pour distinguer l'élite de la
populasse.
Plus généralement et dans un cadre familial
fraternel, le sang est synonyme d'amour, de solidarité entre les êtres, on
parle d'ailleurs de ‘lien du sang'. Enfin dans le Christianisme, la Bible
évoque bien évidemment le sang du Christ, symbole tout-puissant du sacrifice,
de la rédemption, de la pureté, de la vie éternelle ( ??!!) tiens tiens…
L'évocation de la mort dans les histoires de
vampires suscite depuis toujours angoisse et terreur, la mort n'étant
acceptable que dans la mesure où elle ne reste qu'un concept abstrait. C'est
ainsi que le vampire entretient bien plus qu'un simple lien avec la mort, c'est
à la vie elle-même qu'il nous renvoie et à son expression la plus extrême, la
vie éternelle. Si les vampires sont plus ou moins des êtres dominateurs, leur
volonté n'est pas forcément de détruire et de s'opposer aux hommes. Nous le
voyons encore aujourd'hui au cinéma notamment, le vampire loin de l'image du
monstre assoiffé de sang qui faisait trembler dans les chaumières devient
maintenant le héros –ou l'anti-héros de sa propre histoire, il est proche de sa
victime, son psycho-profil d'être torturé et mélancolique est exploité plus que
jamais, ses sentiments sont partagés, il peut aimer d'amour, il s'humanise et
tend à demander le pardon.
Dans le roman d'Arabella Randolphe « the
vampire tapes » l'auteur décrit une philosophie qui remet en cause les
notions du bien et du mal, les vampires seraient des êtres d'élite qui
voudraient accéder au monde de la Lumière, et non des créatures démoniaques. Ce
monde serait fermé aux hommes car prisonniers de leurs instincts et leur
ignorance.
Il serait presque trop facile de réécrire
l'histoire, de dépeindre le portrait d'un personnage de fiction aussi sombre
que légendaire. Si dans les histoires de vampires il sera toujours question de
vie, de mort, d'amour… la façon d'appréhender les questions change dans la
forme ; tout auteur à la possibilité d'influer un nouveau souffle au mythe
en le traitant sous un angle différent, de la sorte que le mythe vampirique ne
reste jamais figé et puisse s'accorder aux interrogations de l'époque.
Franck Schweitzer.